À propos des événements de Tumbler Ridge, en Colombie Britannique. Une réflexion dans le recueillement, la tristesse et l’espérance.
Cette semaine, comme beaucoup d’entre nous, j’ai été frappé par la tragédie de Tumbler Ridge. Quand un événement comme celui-là survient, je ressens une onde de choc. Puis une douleur . Une tristesse profonde. Je laisse alors s’installer un silence de recueillement.
Mais très vite, ce silence est brisé par des mots qui arrivent qualifiant l’évènement d’odieux, d’incompréhensible, de monstrueux.
Bien sûr, rien ne justifie ces gestes et ces mots sont peut-être un cri de l’âme.
Ils décrivent la souffrance réelle des victimes. Ils nous rappellent que les survivants et survivantes porteront douleur et souffrance toute leur vie. Et qu’une communauté entière en restera marquée.
Mais cette fois-ci, il y a une voix qui m’a particulièrement touché. Celle de Nathalie Provost, survivante de Polytechnique. Elle a déclaré, sur plusieurs médias, se sentir inquiète devant un monde devenu plus difficile, plus fragile… et nous rappelait que nous ne connaissons jamais toute l’histoire derrière un tel geste.
Je n’ai pas entendu dans ces mots la recherche d’une excuse, mais un appel à élargir notre regard.
Je me suis rappelé que dans notre région aussi, nous avons vécu un évènement similaire :
Amqui, mars 2023. Un homme percute volontairement des piétons avec son véhicule.
Bilan : trois morts. Des blessés. Des familles marquées à jamais. Une ville figée… portera longtemps les cicatrices.
Là aussi, les mots sont venus rapidement : geste prémédité, odieux, incompréhensible.
Mais je me rappelle aussi qu’il y a eu d’autres voix. Certains chroniqueurs et certains articles suggéraient de regarder aussi d’autres réalités : la précarité financière, la perte d’emploi, les troubles psychiques diagnostiqués, l’isolement. Et sur un des articles, cette phrase dérangeante : il pouvait fonctionner normalement. Rien ne pouvait anticiper son geste.
Ce constat est troublant. Il me rappelle que la frontière entre “normal” et “monstrueux” n’est peut-être pas aussi simple que j’aimerais le croire.
Je me dis alors, oui, la condamnation est nécessaire. Elle affirme la valeur de la vie. Elle protège la société. Elle sert d’apaisement de la douleur et de la souffrance.
Mais devant toutes ces autres voix qui nous invitent à voir plus loin, je me dis que si la condamnation devient notre seule réponse, elle nous évite peut-être de poser d’autres questions. Par exemple :
Qu’est-ce qui, dans notre société, provoque que certaines personnes glissent vers l’isolement ?
Qu’est-ce qui, dans nos communautés, fragilise au point que la détresse ne trouve plus de consolation et d’aide ?
Après chaque tragédie, le débat public met l’accent sur la sécurité :
Plus de contrôle, plus de surveillance, plus de sévérité, plus de lois.
Mais il est plus rare d’entendre un débat aussi ferme sur la solitude, sur la précarité, sur les filets humains nécessaires à notre vivre-ensemble.
Et je me demande, sans prétendre détenir une réponse simple, si nous ne sous-estimons pas la force du lien.
Je sais, le lien ne prévient pas tout. Il ne remplace pas les institutions. Il ne supprime pas le tragique.
Pourtant, je sais qu’il crée un climat. Un climat où nous sommes vus dans notre singularité ou bien un climat où nous nous sentons ignorés.
C’est là que je reviens au titre de la chronique d’aujourd’hui :
Être ensemble, généralement, peut être réduit à des gestes considérés banals : se croiser dans l’épicerie, dans les rues, se parler, se dire bonjour, s’arrêter à quelques échanges polis.
Mais je crois que dans un contexte où l’isolement progresse, où la précarité fragilise, où la détresse psychique peut rester invisible, être en relation devient aussi un choix conscient.
Pas pour remplacer les politiques publiques ni les institutions de santé, pas non plus pour tout résoudre. Mais pour maintenir un tissu social, un filet humain. Peut-être imparfait et discret, à notre propre image, mais aussi portant la conscience qu’un lien plus attentif, plus à l’écoute peut faire une différence. Je ne dis pas que cela pourrait empêcher des évènements comme ceux de Tumbler Ridge, d’Amqui ou de la Polytechnique. Je dis simplement que la culture du lien fait aussi partie de la culture citoyenne.
Et que, dans un monde qui nous fragmente facilement, qui a tendance à briser ces liens par l’indifférence, par le chacun pour soi, choisir de rester ensemble, nourrir le lien, même par des gestes qui peuvent sembler banals… peut faire une différence.
Certes, ces gestes n’effacent pas le tragique, mais ils expriment un refus de laisser la détresse, sous toutes ses formes, devenir invisible ou silencieuse.
Je dis simplement que la culture du lien fait aussi partie de la culture citoyenne…Et que… tenir ce lien… c’est déjà une manière d’habiter la citoyenneté.

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