Deux, quatre, six — La marche de saisons. 

Les saisons ne se succèdent pas. Elles nous habitent.

Parfois en silence. Parfois comme un passage qu’on n’a pas choisi.

J’ai écrit ce texte dans le cadre d’un premier partage
avec un groupe d’écriture.

Un thème simple : les quatre saisons.

Mais en écrivant…
ce n’est pas le “quatre” qui s’est imposé.


La légende dit que son âme parcourt la géographie de son corps —au rythme du temps.

Le vent Nordé la happe, entre terre et mer, mémoire froide des eaux polaires.
Le vent du sud-ouest lui murmure la chaleur humide, chargée de jungles et de soleil.

On l’appelle Jörd, Pachamama, Gaïa… selon les langues qui l’ont traversée.

Elle s’éveille quand la nuit recouvre ses extrémités.

La lumière insiste ailleurs, au nord comme au sud.

Le temps des saisons vient à elle.
Son murmure n’insiste pas.
Il la réveille :
Deux, quatre, six saisons…

Endormie, elle souffle :
Á quoi bon, choisir les extrêmes ?

Une chaleur ancienne revient. La pluie. Le vent. Tout en mouvement.

D’autres chemins existent — murmure le temps.

Elle ne répond pas.

Le passage est déjà là.
La porte s’ouvre.
Une odeur monte.

 Ni morte, ni vivante, elle se lève — résignée, s’abandonnant aux saisons. 

Son hiver arctique s’éloigne, tranquille.

S’offre à elle l’équinoxe des perce-neiges et des éranthes.

Elle est Printemps.

Déjà.

Elle se réveille.

Une voix remonte :
Souviens-toi des passages où la lumière s’ouvre, jusqu’à devenir espérance.

Le solstice arrive.

La lumière. Son été.

Son équilibre ne tient que quelques heures.

Sa lumière chauffe le vent, parfume l’eau.

Un instant — tout tient. 

Puis déjà. Elle cède.

Se mue.

En autre.

Les feuilles fatiguent.
Les jours se chargent d’ombres.

Elle est automne.

Un murmure à son oreille — une invitation… 

Avant la fin, le quatre deviendra six.

Sikon, avant Miroskamin.
Nipin. Taswakin.

—    Et avant que Pipon ne te recouvre encore,
Pircipipon te rappellera…
que tout n’est que passage.

Elle sent alors le temps glisser sous sa peau.

Elle rêve à la moiteur des pluies.

Sa respiration ralentit, prise dans la neige.

Son sommeil devient marée — furtive, effacée sur le sable blanc.

Et une fois encore…
le temps revient.

Le passage reprend —

Six, quatre, deux…

Ici, chaque parole cherche à rejoindre la source. Vos échos sont reçus avec soin, puis publiés lorsque leur souffle s’accorde à celui du lieu.